Société
La police gâche le souvenir du 17 octobre 1961
Trajet écourté du défilé en mémoire de la répression contre des manifestants algériens.
par José GARÇON
QUOTIDIEN : mardi 18 octobre 2005
Ils auront fait contre mauvaise fortune bon coeur. «Nous ne pouvons pas aller jusqu'au palais de justice. Nous n'avons pas eu l'autorisation», a dit l'un des organisateurs. Sifflets et huées ont répondu à une interdiction qui a suscité plus d'incompréhension que de rage. Comme si nul ne pouvait saisir que la préfecture de police interdise à 400 à 500 personnes de marcher les trois cents mètres séparant ce bout du pont Saint-Michel du palais de justice de Paris, plus de quatre décennies après la sanglante répression de la manifestation pacifique des Algériens, le 17 octobre 1961.
C'était en pleine guerre d'Algérie. Les forces de l'ordre avaient ouvert le feu et matraqué avec une violence inouïe les 30 000 Algériens venus des banlieues pour manifester à l'appel de l'organisation clandestine du FLN contre le «couvre-feu» instauré par le préfet de police Maurice Papon. Bilan : de 50 à 200 morts, dont de nombreux Algériens précipités dans la Seine.
Hier, ils étaient là, vieux Algériens, jeunes Français nés de parents émigrés, élus de la Mairie de Paris, associations de droits de l'homme, à se recueillir devant la plaque, symbole d'un pan d'histoire si longtemps occulté, que déposa, en 2001, le maire de Paris sur le boulevard Saint-Michel, à une encablure de la préfecture de police.
Hier, vers 17 h 30, Bertrand Delanoë, en plein Conseil de Paris, est revenu avec une gerbe. Appuyés sur une canne, de vieux Algériens déposaient aussi quelques fleurs avec une attention infinie. «Pour qu'on puisse lire les mots, il faut mettre les fleurs sur les côtés.»
Tous s'interrogeaient sur le futur traité d'amitié franco-algérien «Si c'est celui du gaz et du pétrole, ça fera plus de mal que de bien» et de la «stupide loi» qui reconnaît les bienfaits de la colonisation et dont tous veulent l'abrogation.
Et puis, tout le monde s'est dispersé. En se disant que, l'an prochain, ou plus tard, les «officiels» oseront peut-être enfin le mot «massacre» pour octobre 1961.



